Le parquet fédéral allemand a accusé jeudi 2 juillet des autorités étatiques ukrainiennes d’avoir ordonné le sabotage des gazoducs Nord Stream en septembre 2022, au lendemain de l’inculpation d’un premier suspect. Selon l’accusation, un ressortissant ukrainien et plusieurs complices ont préparé l’opération pour détruire les conduites sous-marines reliant la Russie à l’Allemagne via la Baltique. Le parquet soutient que l’objectif était d’interrompre durablement les livraisons de gaz russe et de priver Moscou de recettes utilisées pour financer la guerre.
L’enquête allemande décrit une équipe composée notamment de plongeurs, d’un skipper et d’un artificier, partie à bord d’un voilier loué en Allemagne avant de gagner la zone de Bornholm, au Danemark. Les explosions du 26 septembre 2022 avaient endommagé Nord Stream 1 ainsi qu’une des deux lignes de Nord Stream 2, provoquant quatre fuites majeures en mer Baltique. Berlin avait ouvert une enquête pour sabotage sur une infrastructure civile d’importance énergétique.
Cette mise en cause intervient après des années de spéculations contradictoires entre Etats, services de renseignement et enquêtes de presse. Moscou avait dénoncé une action occidentale, Kiev avait rejeté toute implication, et plusieurs investigations journalistiques avaient progressivement orienté les soupçons vers un commando ukrainien. Le passage d’une hypothèse médiatique à une accusation formelle de la justice allemande marque un saut politique : un Etat allié de l’Union européenne et soutenu militairement par Berlin est désormais visé dans un dossier touchant une infrastructure clé du continent.
L’affaire rappelle aussi le prix des choix énergétiques allemands et européens. Pendant des années, le gaz russe à bas coût a servi de colonne vertébrale à l’industrie allemande, au prix d’une dépendance extérieure massive. La destruction de Nord Stream n’a pas créé seule la crise énergétique, déjà engagée par la guerre et l’arrêt des livraisons russes, mais elle a fermé durablement une voie d’approvisionnement et renforcé la recomposition du marché gazier européen autour du GNL et d’importations plus coûteuses.
Aucune réaction officielle ukrainienne détaillée n’apparaissait encore dans l’immédiat. Le dossier doit désormais passer l’épreuve judiciaire, avec une question centrale pour Berlin : jusqu’où l’Allemagne est prête à tirer les conséquences diplomatiques d’une accusation qui touche, au-delà d’un sabotage, sa souveraineté énergétique et la sécurité de ses infrastructures.
Sources :
- « Sabotage du gazoduc Nord Stream en 2022 : le parquet allemand accuse les autorités ukrainiennes d'avoir ordonné l'opération » — boursorama.com
- « German prosecutors charge a Ukrainian over Nord Stream pipeline explosions » — apnews.com
- « Gas-Pipelines: Erste Anklage gegen mutmaßlichen Nord-Stream-Saboteur » — tagesschau.de
- « Un Ukrainien arrêté à la demande de la justice allemande dans l'enquête sur le sabotage des gazoducs Nord Stream » — lemonde.fr