L’uniformisation du langage : une jeunesse déracinée de sa singularité

Entre mèmes linguistiques, explications monocausales et standardisation des affects, la Gen Zen est tombée dans la marmite numérique. Désormais acteurs principaux d'un nouveau langage dans une société transdigitale, ces jeunes bousculent les codes en réinventant les mots.

L’uniformisation du langage : une jeunesse déracinée de sa singularité
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" C'est ok " cette maxime moderne

Si tu peux avoir l'esprit du green flag et du glow up, et toujours t'éloigner des pookies, tu seras cool mon fils.

L’appropriation du langage semble s’effriter au fil des années au profit d’un consensus façonné par le monde numérique. Auparavant, l’identité d’un individu se caractérisait par ses mots, son esprit, in fine, sa singularité. Influencé par son environnement, ses expressions et références se délimitait à son cercle familial, culturel et amical. La télévision, puis les réseaux sociaux ont fortement élargi et accéléré le monde dans lequel vit la GenZen. Du « Non mais allô ? » de Nabilla, aux " C'est ok ", les expressions se multiplient. Devenue monnaie courante, l'épidémie d'anglicismes s'accélère aussi. Des tournures aux élans sororal, " slay " ou encore " period " sont employés sur les réseaux sociaux et les plateaux de télévision de différents continents. Si les références numériques s'accélèrent, l'apparition de nouvelles expressions n'est pas un phénomène récent. Déjà au XVIIIe siècle, Voltaire, dans ses correspondances, s'inquiétait du déclin de la langue française, " En un mot, Monsieur, la langue paraît s'altérer tous les jours ; mais le style se corrompt bien davantage. " En perpétuelle évolution, la langue française de la génération Gen Z se transmet également au delà des frontières. L'expression " Wesh ", issue de l'arabe " Wech rak " signifiant comment vas-tu, résonne aujourd'hui dans certaines rues londoniennes après le succès de hit urbains. Somme toute, pourquoi s'inquiéter de la modification de la langue française ? Pour ceux qui expliquent sa transformation inéluctable, il n'y a rien à craindre. Pour d'autres, il y a davantage. Des professeurs de philosophie déplorent le manque de vocabulaire de certains élèves, un lexique restreint met en difficulté l'exercice de la pensée. Et dans une société ou l'opinion se polarise entre les bons et les mauvais, les fachos et le peuple, les red flag et les drapeaux verts, Place de la République, penser la complexité n'est plus une noble tâche. Non pas que la nuance ai déjà eu pour synonyme la simplicité, penser contre soi-même et aller à la rencontre de l'altérité est aujourd'hui exceptionnel, pouvant susciter de vives réactions chez les simples d'esprits, souvent accompagnées d'un hashtag. La France était une patrie littéraire, l'est-elle encore ? Selon un sondage de l'Ifop mené en juin dernier, 62% des Français considèrent que la langue française est difficile, 85% considèrent avoir un bon niveau niveau d'orthographe. Paradoxe.

Les ressemblances s'imposent, les différences rétrécissent


Le " mème " provient du grec ancien " mimèsis ", signifiant l'imitation du réel. Ce mot, inventé dans les années 70 par un spécialiste du comportement animal, Richard Dawkins, désigne l'existence d'éléments culturels, pouvant se transmettre d'une personne à une autre, avec la possibilité de muter. Le développement du web ainsi que sa dimension visuelle a attribué à ce mot un sens plus restreint : l'idée d'un objet culturel, souvent une photo humoristique, rapidement diffusé et réapproprié à titre individuel avec une phrase. Actrices, hommes politiques, sportifs, les objets de mèmes sont larges et l'imaginaire des internautes, sans fin. L'enjeu est moins de dire les choses que de les exprimer différemment par des néologismes, en transformant les moyens de communication. Gènes de l'imitation. En 2026, pour traiter d'un sujet complexe, mème, néologisme et esprit catégorique font carton plein. Les réseaux sociaux imposent des standards, et cela, même en psychologie. L'émergence de contenus à l'égard des relations amoureuses, du corps ou encore du travail ont totalement remodelé notre rapport aux choses, et de fait, aux autres, " L'enfer est pavé de bonnes intentions " disait Bernard de Clairvaux. Un homme à l'histoire inconnue et aux failles imperceptibles est aujourd'hui réduit à un " pervers narcissique " , " toxique boy " ou " red flag " selon de larges critères allant au mansplaining, ne pas répondre à un message, ou encore boire du matcha. Le domaine du travail est investi en anecdotes douloureuses accompagnées du nouvel adage préféré de la GenZ " Faut les choquer ".

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