La crise des réfugiés syriens fut l’une des conséquences les plus visibles de la guerre civile. Elle causa l’exil de près de 6 millions d’âmes, dont 1 million vers l’Europe tandis que le reste se répartit dans les pays alentours. Sur une population de 20 millions d’habitants avant-guerre, ce nombre, qui n’inclut pas les 5 à 6 millions de déplacés internes, est considérable.
Ceci s’explique largement par une stratégie délibérée du régime syrien de chasser du pays les populations qui s’étaient soulevées contre lui : il était devenu clair qu’un tiers environ des Syriens (virtuellement tous des Arabes sunnites) refuseraient catégoriquement de se soumettre à la tyrannie sécuritaire du clan Assad. Apparemment vexé par tant de « mauvaise volonté », ce dernier entreprit de rendre la vie impossible dans les zones rebelles les plus irréductibles : campagne de destruction des infrastructures économiques (hôpitaux, système d’adduction d’eau, etc), interdiction de l’accès aux services étatiques (contrôle des tribunaux, des grands axes routiers, des banques, etc) et bombardements des zones de peuplement quotidien, notamment les marchés. Le but était double : créer une anarchie perpétuelle dans ces territoires pour empêcher l’émergence de toute alternative crédible (sur le thème du « moi ou le chaos »), et inciter les plus réfractaires à partir définitivement. D’où l’ampleur du désastre.

Il serait impossible d’analyser dans les moindres détails cette crise dantesque sans écrire un épais volume dédié précisément à cette question. Nous avons toutefois souhaité aborder quelques problématiques auxquelles firent face les nations turques, libanaises et jordaniennes dans l’accueil de leurs infortunés convives syriens, car ce sujet est trop peu connu du grand public. Cela est d’autant plus dommage que, bien que l’on constate un mouvement graduel de retour des réfugiés depuis la chute de Bashar al-Assad, cette crise occupera encore pendant de longues années l’esprit des décideurs politiques.
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