Le projet devait symboliser le retour d’une industrie solaire française capable de rivaliser avec les importations asiatiques. Il s’arrête finalement avant même d’avoir vu le jour. L’entreprise Carbon a annoncé, lundi 19 mai, qu’elle renonçait à implanter sa gigafactory de panneaux photovoltaïques à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône.
Le groupe attribue directement cette décision à l’absence d’un cadre européen suffisamment protecteur pour les productions industrielles locales. Dans un communiqué, ses dirigeants dénoncent les hésitations de l’Union européenne à instaurer une véritable « préférence européenne » permettant de sécuriser les débouchés des fabricants implantés sur le continent face à la concurrence chinoise.
Le projet représentait pourtant l’un des principaux paris industriels français dans le secteur photovoltaïque. Carbon prévoyait une usine intégrée de cellules et modules solaires capable de produire jusqu’à 5 gigawatts par an. L’investissement annoncé dépassait 1,5 milliard d’euros et devait générer environ 3 000 emplois directs sur le bassin industriel de Fos-sur-Mer.
Ces derniers mois, le projet avait déjà montré des signes de fragilité. L’entreprise cherchait de nouveaux partenaires industriels et financiers afin d’assurer sa viabilité économique dans un marché européen dominé par des panneaux importés à prix cassés. Malgré plusieurs soutiens publics et l’obtention des autorisations administratives nécessaires, les dirigeants estiment désormais que les conditions politiques et commerciales ne permettent plus de garantir la rentabilité du site.
Cet abandon met en lumière les contradictions de la politique industrielle européenne. Alors que Bruxelles multiplie les discours sur la souveraineté énergétique, la transition verte et la relocalisation stratégique, le marché européen reste largement ouvert à des importations bénéficiant d’économies d’échelle massives et de soutiens publics étrangers considérables.
Ce choix traduit aussi les limites d’une stratégie fondée sur la seule concurrence internationale dans des secteurs jugés stratégiques. Il est permis de s’interroger sur la capacité réelle de l’Union européenne à reconstruire une industrie verte sans mécanismes de protection commerciale comparables à ceux mis en place par les États-Unis ou la Chine.
Sources
- L’Usine Nouvelle — https://www.usinenouvelle.com/quotidien-des-usines/un-choix-difficile-faute-dune-preference-europeenne-suffisamment-protectrice-carbon-renonce-a-son-projet-de-gigafactory-de-panneaux-solaires-a-fos-sur-mer.GR474457AVCKTDRLK5Y777VWGI.html