Syrie : Washington efface le « terroriste » d’hier au nom de ses intérêts d’aujourd’hui

Washington efface la Syrie de sa liste des États soutenant le terrorisme et poursuit la normalisation d’Ahmed al-Sharaa, ancien chef de HTS. Un retournement spectaculaire qui révèle combien les qualifications de « terroriste » peuvent suivre les intérêts américains.

Syrie : Washington efface le « terroriste » d’hier au nom de ses intérêts d’aujourd’hui
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Les États-Unis ont officiellement retiré la Syrie de leur liste des États soutenant le terrorisme, près de quarante-sept ans après son inscription en décembre 1979. La décision, devenue effective le 24 août, parachève un changement radical de la politique américaine envers Damas et son nouveau président, Ahmed al-Sharaa.

Le symbole est d’autant plus saisissant que le dirigeant aujourd’hui reconnu par Washington est l’ancien Abou Mohammed al-Joulani. Avant d'accéder au pouvoir après la chute de Bachar al-Assad, al-Sharaa a dirigé le Front al-Nosra, ancienne branche syrienne d’Al-Qaïda, puis Hayat Tahrir al-Sham (HTS). Les États-Unis avaient offert jusqu’à 10 millions de dollars pour toute information permettant de le localiser, avant de supprimer cette récompense en décembre 2024.

Le retournement ne s’arrête pas là. En juillet 2025, l’administration Trump avait déjà retiré HTS de la liste américaine des organisations terroristes étrangères. Ce 24 août, Washington a également révoqué la désignation du Front al-Nosra, également identifié comme HTS, comme organisation « spécialement désignée comme terroriste mondial » dans le dispositif américain de sanctions.

L’administration Trump assume cette normalisation. Le Trésor américain explique que la suppression du statut de la Syrie accompagne les mesures d’allègement des sanctions et doit favoriser la reconstruction et la réintégration économique du pays. Washington dit également reconnaître les efforts d’al-Sharaa pour éloigner la Syrie du terrorisme international.

Ce choix traduit surtout la remarquable plasticité de la politique étrangère américaine. Un homme hier associé à Al-Qaïda, recherché et placé sous récompense par Washington peut devenir, une fois arrivé au pouvoir et jugé compatible avec les nouveaux intérêts stratégiques américains, un interlocuteur dont les « efforts » sont officiellement salués.

La contradiction est d’autant plus frappante que le Département d’État maintient, au 7 août 2026, son avertissement maximal aux voyageurs pour la Syrie, invoquant notamment les risques de terrorisme, d’enlèvement et de conflit armé. Il est donc permis de s’interroger sur la portée politique de ces catégories : lorsqu’une qualification aussi lourde que celle de « soutien au terrorisme » disparaît au gré d’un changement d’alliance, elle apparaît moins comme une définition intangible que comme un instrument de puissance.

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