Un déplacement du pape Léon XIV pour la dignité

En visite à Acerra, en Campanie, le pape Léon XIV a dénoncé des profits tirés au prix de la santé et de l’environnement. Son déplacement remet sous les projecteurs la « Terre des feux », marquée par les déchets toxiques, les brûlages illégaux et un fort sentiment d’abandon.

Un déplacement du pape Léon XIV pour la dignité
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Le pape Léon XIV s’est rendu samedi 23 mai à Acerra, en Campanie, au cœur de la « Terre des feux », territoire associé depuis des années aux déchets toxiques, aux brûlages illégaux et à une forte dégradation sanitaire et environnementale. Il y a dénoncé des entreprises qui recherchent des profits élevés « au détriment » de la santé publique et de l’environnement. Le déplacement vise une zone populaire du sud de l’Italie où la pollution industrielle s’est installée dans la durée.

Le chef de l’Église catholique a évoqué des communautés détruites par des années de pollution et de déversements illégaux. Il a mentionné des familles touchées par des deuils liés à des maladies attribuées à cette contamination. À Acerra et dans les communes voisines, la question n’est pas seulement écologique : elle touche au droit de vivre, de se soigner et de travailler sur une terre qui ne mette pas en danger ses habitants.

La « Terre des feux » désigne une zone située entre Naples et Caserte, en Campanie. Elle doit son nom aux incendies de déchets allumés clandestinement pendant des années, souvent pour faire disparaître des résidus industriels. Des groupes criminels y ont été mis en cause de longue date. Ce système a combiné déchets venus d’activités productives, enfouissements illégaux, brûlages à ciel ouvert et faiblesse durable du contrôle public. Ce choix traduit une hiérarchie sociale brutale : les profits sont privatisés, les maladies et les sols souillés sont laissés aux classes populaires.

Le territoire traîne une réputation de « triangle de la mort » dans certains travaux cités dans le débat public. La zone est régulièrement associée à une hausse de cancers, de malformations et d’autres pathologies, même si l’ampleur précise des liens sanitaires fait l’objet de controverses récurrentes. Une partie des terres a été décrite comme gravement contaminée, au point d’alimenter une crise de confiance sur l’agriculture locale et sur la capacité des pouvoirs publics à garantir des contrôles durables.

La venue du pape donne à cette crise une portée politique plus large. En choisissant Acerra, il met en lumière un territoire longtemps traité comme une périphérie sacrifiable. Il est permis de s’interroger sur ce que révèle une telle visite : quand l’autorité religieuse vient rappeler la dignité d’une population exposée, c’est aussi le signe d’une défaillance publique prolongée. La dénonciation morale vise ici un mécanisme concret, celui d’une économie de déchets qui réduit des habitants à supporter les coûts sanitaires d’enrichissements privés.

En Campanie, la question des déchets mêle depuis des années criminalité organisée, faiblesse de l’État, intérêts industriels et colère civique. Les mobilisations locales ont souvent réclamé des dépollutions, des suivis sanitaires et des responsabilités pénales claires. Le déplacement pontifical ne règle rien à lui seul. Il remet cependant sous les projecteurs un territoire où l’exigence la plus élémentaire reste entière : que la santé publique, l’usage des terres et la protection des habitants pèsent plus lourd que les circuits de profit et l’abandon institutionnel.

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