L’Irak et la Syrie ont signé à Washington deux mémorandums d’entente pour réhabiliter et remettre en service le pipeline pétrolier Kirkouk-Baniyas, ancienne voie d’exportation du brut irakien vers la côte méditerranéenne syrienne. Un second accord a été conclu avec un consortium international comprenant Chevron, UCC Holding et TI Capital pour préparer les études techniques et financières du projet.
Le département d’État américain a salué une infrastructure jugée prioritaire, en parlant d’un projet à portée bilatérale et régionale. D’après les annonces officielles relayées vendredi 17 et samedi 18 juillet, le chantier doit recréer une route d’exportation complémentaire pour le pétrole irakien vers la Méditerranée, alors que Bagdad cherche à diversifier ses débouchés.
Une capacité potentielle de 2 millions de barils par jour est évoquée par les sources consultées, mais divergent sur le périmètre exact du projet, certaines évoquant le seul axe Kirkouk-Baniyas, d’autres un corridor plus large reliant aussi Haditha et Ceyhan.
Selon les autorités irakiennes citées par l’Associated Press, l’axe envisagé s’inscrit dans un dispositif plus large reliant le sud de l’Irak à Haditha, puis aux ports de Ceyhan en Turquie et de Baniyas en Syrie. Le tracé Kirkouk-Baniyas renvoie toutefois au corridor historique entre les champs du nord irakien et le littoral syrien, interrompu depuis des années par les conflits, les dégradations d’infrastructures et l’instabilité régionale.
Le projet s’inscrit dans une série d’accords énergétiques signés par Bagdad avec des groupes occidentaux. Chevron a indiqué travailler sur un investissement destiné à créer une nouvelle route d’exportation du pétrole irakien vers les marchés mondiaux. La remise en état du pipeline doit encore passer par des études, des travaux lourds et des garanties de sécurité sur un parcours transfrontalier exposé aux tensions régionales et aux risques d’attaques.
Le projet réduirait la dépendance de l'Irak vis-à-vis des routes passant par Ormuz et créerait un nouveau corridor énergétique à travers la Syrie et marque la tentative de mainmise américaine sur le Proche-Orient par le contrôle des flux énergétiques qui est l'alpha et l'oméga de la stratégie de Donald Trump.
Ce projet prendrait plusieurs années à être mis en oeuvre mais il fait surtout face à des défis en matière de sécurité et de logistique. En effet, rien n'indique que dans un contexte de conflit ouvert entre l'Iran et les États-Unis et Israël plus la présence de puissantes milices chiites irakiennes affiliés à Téhéran ce projet puisse voir le jour sans subir d'innombrables attaques.
Sans compter Daesh qui peu à peu se reconstitue, les tensions entre Israël et la Turquie qui s'expriment d'abord sur le territoire Syrie et le conflit continu entre la Turquie et les Kurdes du Rojava. De surcroît, Washington souhaite mo isoler la Syrie d'Al Joulani pour combattre le Hezbollah au Liban. On a rarement vu des projets aussi ambitieux aboutir dans un contexte sécuritaire aussi dégradé.
Sources :
- “US oil firms sign deals with Iraq to develop alternative shipping routes” — apnews.com
- “Syria signs two MoUs with Iraq to revive Kirkuk-Baniyas oil pipeline” — sana.sy
- “US hails plan to restore Iraqi-Syrian oil pipeline” — arabnews.com
- “Iraq signs deals with Western oil firms, including to revive Syria pipeline” — aljazeera.com