70 000 dossiers avant le 14 juillet Gérald Darmanin a-t-il fait ses calculs

70 000 dossiers concernant des enfants à reprendre avant le 14 juillet. Après l’annonce de Gérald Darmanin, nous avons sorti la calculatrice. Temps de traitement, effectifs disponibles, charge de travail réelle. Les chiffres soulèvent une question simple. Cet objectif est-il seulement réalisable ?

70 000 dossiers avant le 14 juillet Gérald Darmanin a-t-il fait ses calculs
0%

Après le drame de Lyhanna, Gérald Darmanin a demandé aux procureurs de reprendre l’ensemble des plaintes concernant des enfants, soit environ 70 000 dossiers, avant le 14 juillet. L’annonce se veut forte. Elle répond à l’émotion légitime provoquée par une affaire qui a bouleversé le pays. Pourtant, avant même de débattre de politique pénale ou de protection de l’enfance, une question élémentaire mérite d’être posée. Est-ce seulement possible ?

Les chiffres de l’annonce

70 000 dossiers à examiner.
Entre l’annonce du 7 juin et l’échéance du 14 juillet, il reste environ 37 jours calendaires.
En raisonnant sur l’ensemble des jours, y compris les nuits, les week-ends et les jours fériés, cela représente :
1 892 dossiers par jour
79 dossiers par heure
plus d’un dossier par minute

Mais ce calcul est trompeur.
La justice ne fonctionne pas 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7.

En retirant les week-ends, il reste environ 26 jours ouvrés.

Avec une journée de travail moyenne de 7 heures, cela représente environ 182 heures ouvrées disponibles jusqu’au 14 juillet.

Dans ces conditions, l’objectif réel devient :
385 dossiers à traiter chaque heure ouvrée
plus de 6 dossiers par minute
un dossier toutes les 9 secondes

Et cela pendant chaque heure travaillée jusqu’à l’échéance fixée par le ministre.

Depuis des années, magistrats, greffiers, policiers, gendarmes, éducateurs et travailleurs sociaux alertent sur l’état de saturation de la justice française. Les retards s’accumulent, les classements sans suite se multiplient et les professionnels dénoncent un manque chronique de moyens humains. Dans ce contexte, annoncer la reprise de 70 000 dossiers en un peu plus de cinq semaines ressemble davantage à un slogan qu’à un objectif opérationnel. L’exercice est d’autant plus intéressant qu’il permet de sortir du débat politique pour revenir à quelque chose de plus simple. L’arithmétique. Lorsqu’un ministre annonce un objectif, il est légitime de se demander combien de personnes seront nécessaires pour l’atteindre, combien de temps devra être consacré à chaque dossier et quelles autres missions devront être sacrifiées pour y parvenir.

Les effectifs de la justice face aux 70 000 dossiers

La France compte approximativement 9 000 magistrats, 11 000 greffiers, environ 30 000 personnels de justice.

Si les 70 000 dossiers étaient répartis entre tous les magistrats du pays, chacun devrait reprendre environ 8 dossiers.

Cette présentation peut sembler rassurante.

Mais elle suppose que tous les magistrats participent à l’opération, aucun ne soit en congé, aucune autre affaire ne soit traitée, toute la justice française soit mobilisée sur ce seul objectif

Or une grande partie des magistrats travaillent sur des contentieux sans rapport avec la protection de l’enfance.

Encore faut-il savoir ce que signifie exactement « reprendre » un dossier. Si l’objectif consiste simplement à vérifier qu’un dossier existe, qu’il a bien été attribué à un magistrat et qu’aucune échéance n’a été oubliée, alors l’exercice reste théoriquement envisageable. En revanche, si l’on parle d’un véritable réexamen destiné à identifier d’éventuelles erreurs, des alertes négligées ou des décisions contestables, les ordres de grandeur changent complètement. Une affaire impliquant un mineur peut comprendre des signalements scolaires, des rapports sociaux, des certificats médicaux, des auditions, des expertises psychologiques, des échanges avec l’aide sociale à l’enfance ainsi que des procès-verbaux d’enquête parfois accumulés sur plusieurs années. Imaginer qu’un magistrat puisse évaluer sérieusement un tel dossier en quelques minutes relève de la fiction.

Read the full article

Sur Fréquence Populaire, il n’y a pas de mur payant (paywall) : tous nos articles sont accessibles gratuitement.

Nous vous demandons simplement de créer un compte gratuit avec votre adresse e-mail. Cela nous permet de :
– vous prévenir de nos nouvelles enquêtes, émissions et articles,
– éviter la publicité et tout pistage intrusif,
– mieux comprendre combien de personnes nous lisent réellement.

Contribuer financièrement est facultatif : vous pouvez lire l’article sans payer. Mais si vous le pouvez, votre soutien nous aide à faire vivre un média libre et indépendant.

Créer un compte gratuit
Vous avez déjà un compte ? Se connecter
Want to help fund this work? Discover ways to support us .

Qu'avez-vous pensé de cet article ?

🎧

Version audio

Écoutez cet article en audio pour plus d'accessibilité

Inscription réussie !

Connexion réussie, bon retour !

Merci ! Votre soutien à Fréquence Populaire a bien été enregistré.

Succès ! Vérifiez vos emails pour obtenir votre lien magique.

Vos informations de facturation ont bien été mises à jour.

La mise à jour de votre facturation a échoué.