« Le dernier roi supprimant l'échafaud dans cette Belgique qui, française, s'en repaîtrait, fait plus pour la civilisation que tous les bourgeois républicains ou non, qui ne voient pas le sang sur eux parce qu'ils payent quelqu'un pour le verser en leur nom. […] Jurés, magistrats, président, bourreau veulent tuer. La foule veut tuer. Tuez donc, mais ne vous donnez pas l'apparence d'être la justice quand vous n'êtes que la vengeance et la férocité, le prolongement héréditaire d'un atavisme de sang. »
Georges Clemenceau, Le Grand Pan, 1896
« La peine de mort est le signe spécial et éternel de la barbarie. Partout où la peine de mort est prodiguée, la barbarie domine ; partout où la peine de mort est rare, la civilisation règne. »
Victor Hugo, Discours à l'Assemblée constituante, 15 septembre 1848
Il y a quarante-cinq ans, le 17 septembre 1981, lorsque Robert Badinter monte à la tribune de l’Assemblée nationale pour défendre l’abolition de la peine de mort, l’opinion publique, façonnée par les gros titres d’une presse prompte à agiter les spectres du fait divers, lui est majoritairement hostile. Les sondages du moment créditent encore le châtiment suprême d’un confortable indice de satisfaction de 62 %. Mais face aux députés inquiets de leurs mandats, le garde des Sceaux oppose la hauteur de vue de l'histoire aux calculs à court terme.
« Attendre ? Nous savons bien en vérité que la cause était la crainte de l'opinion publique. »
Robert Badinter, Discours sur l'abolition de la peine de mort, 17 septembre 1981.
Le lendemain, l'Assemblée nationale vote l'abrogation par 363 voix contre 117. Le Sénat la votera le 30 septembre.
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