Le chef de la Bundeswehr, Carsten Breuer, défend ouvertement une armée allemande préparée aux situations de guerre. Cette orientation s’est traduite par une réforme présentée en 2024 pour rendre les forces allemandes aptes aux scénarios les plus graves, de la défense territoriale au conflit de haute intensité. Elle marque une rupture nette avec la culture de retenue militaire longtemps dominante outre-Rhin.
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, Berlin a engagé un réarmement d’ampleur et replacé la question militaire au centre de l’État. La Bundeswehr, jugée vétuste et sous-équipée, doit être modernisée plus vite, mieux intégrée aux plans de l’OTAN et capable de tenir un rôle accru sur le flanc oriental de l’Alliance. Ce choix traduit une banalisation accélérée du fait militaire en Allemagne, pays qui avait fait de la prudence stratégique une ligne de conduite depuis 1945.
Carsten Breuer incarne cette bascule. Inspecteur général de la Bundeswehr, donc plus haut gradé allemand, il a aussi été choisi en 2026 pour prendre la présidence du comité militaire de l’OTAN, poste central dans la coordination entre les chefs d’état-major alliés et la direction politique de l’Alliance. Cette nomination confirme le poids grandissant de Berlin dans l’appareil militaire atlantique.
Le virage allemand ne se limite pas à une adaptation technique des armées. Il accompagne une ambition politique plus large : faire de l’Allemagne une puissance militaire de premier plan en Europe. Il est permis de s’interroger sur le prix démocratique et social de cette fuite en avant capacitaire, alors que la remilitarisation allemande, soutenue au nom de la sécurité du continent, redessine aussi les rapports de force à l’intérieur de l’Union européenne et renforce encore l’arrimage de Berlin à l’OTAN.
Sources :
- « En Allemagne, une réforme de l'armée pour « se préparer à la guerre » » — lemonde.fr
- « L’Allemagne veut renforcer son rôle dans l’OTAN » — lemonde.fr
- « Generalinspekteur Breuer wird Vorsitzender des NATO-Militärausschusses » — tagesschau.de
- « En Europe, la crainte du retour de l’Allemagne comme puissance militaire » — lemonde.fr