Après Lyhanna la grande comédie des 70 000 plaintes

La mort de Lyhanna a bouleversé la France. En réponse, Gérald Darmanin exige le réexamen de 70 000 plaintes concernant des mineurs avant le 14 juillet. Une annonce spectaculaire qui masque surtout l’état d’une justice fragilisée depuis des années et incapable de remplir ses missions.

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Après Lyhanna la grande comédie des 70 000 plaintes

La mort de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, a provoqué une émotion immense dans tout le pays. Comme souvent lorsqu’un drame révèle les failles d’un système, les responsables politiques se succèdent devant les caméras pour promettre que « plus jamais ça ». Cette fois, c’est le garde des Sceaux Gérald Darmanin qui a dégainé l’annonce censée rassurer l’opinion. Les procureurs devront reprendre l’intégralité des plaintes concernant des enfants, soit près de 70 000 dossiers, avant le 14 juillet. L’annonce se veut spectaculaire. Elle est présentée comme la preuve d’une mobilisation exceptionnelle de l’État. Pourtant, derrière l’effet de communication, elle soulève une question bien plus dérangeante. Comment en est-on arrivé à devoir réexaminer en urgence 70 000 dossiers liés à la protection des mineurs ?

Car si ces 70 000 plaintes existent, c’est précisément parce qu’un système entier est engorgé depuis des années. Le problème n’est pas apparu avec la mort de Lyhanna. Il était connu. Magistrats, greffiers, avocats, policiers, éducateurs et associations alertent depuis longtemps sur l’état préoccupant de la justice française. Les délais s’allongent. Les postes vacants se multiplient. Les enquêtes s’accumulent. Les classements sans suite deviennent parfois la conséquence d’un manque de moyens plus que d’une absence de faits. À chaque drame, les mêmes constats reviennent. À chaque drame, les mêmes promesses sont formulées. Puis tout recommence.

Dans ce contexte, entendre aujourd’hui le ministre expliquer que l’ensemble de ces dossiers devra être passé au crible en quelques semaines relève davantage de l’affichage politique que de la résolution concrète du problème. Les magistrats qui peinent déjà à traiter leurs affaires courantes ne vont pas soudainement disposer de journées de quarante-huit heures. Les enquêteurs ne vont pas se multiplier par miracle. Les greffiers non plus. Or chaque dossier implique potentiellement des auditions, des vérifications, des réquisitions, des expertises et parfois des investigations longues. Faire croire qu’une échéance fixée depuis Paris suffira à régler le problème revient à nier la réalité quotidienne des juridictions.

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