Une conférence de Régis Le Sommier à Béziers a été annulée, alors qu’elle devait porter sur son retour du Liban, la situation des villages chrétiens du sud du pays pris dans les combats entre Israël et le Hezbollah, et plus largement sur la guerre avec l’Iran. Le journaliste a dénoncé une décision privant les associations d’anciens combattants locales d’un témoignage de terrain et d’un échange sur le métier de reporter.
Le texte à l’origine de cette polémique cite une formule attribuée à l’IUT de Béziers : « Nous n’avons en aucun cas validé la tenue de cette conférence. ». L’IUT de Béziers est un établissement supérieur public, ce qui donne à cette affaire une portée plus large qu’un simple différend local : quand une parole est écartée dans un cadre universitaire, c’est la question des critères de sélection qui est posée.
Sur le fond, la controverse dépasse le seul cas de Régis Le Sommier. Elle touche à une dérive plus générale, celle de la liberté d’expression est de plus en plus invoquée en principe, puis limitée en pratique par des dispositifs flous, des annulations de dernière minute et des décisions administratives peu transparentes. Ce choix traduit une pente préoccupante pour les institutions publiques, surtout lorsqu’elles accueillent des débats sur la guerre, l’information et la politique étrangère.
Un établissement public n’a pas à devenir l’organe de tri idéologique des intervenants au gré des pressions, réputations ou campagnes de disqualification. En démocratie, la réponse à une parole contestée relève d’abord de la contradiction, du débat public et de l’exigence de clarté sur les positions de chacun, non de l’effacement pur et simple. À force de banaliser ces déprogrammations, les institutions prennent le risque d’habituer le pays à une liberté conditionnelle, plus étroite pour les voix dissidentes que pour les discours conformes.
Les pratiques de censure antidémocratique peuvent au fil du temps finir par s'imposer à ceux qui les préconisent aujourd'hui. Ce sera malheureusement même très certainement le cas.
En démocratie, il ne peut y avoir qu’une liberté d’expression totale, idéalement couplée à l’honnêteté consistant à dire d’où l’on parle.
C’est pourquoi le Premier amendement en vigueur aux États-Unis (même si Trump, après Biden, est en train de le vider de sa substance de facto, mais c’est leur pays) demeure la seule solution viable pour un débat public saint.
Halte aux chiens de garde !