Volodymyr Zelensky a appelé les Ukrainiens à ne pas céder à l’inquiétude sur d’éventuelles pénuries alimentaires. Le président ukrainien soutient que la destruction par la Russie des capacités d’exportation de céréales laisse davantage de grain sur le marché intérieur. Il affirme que cette situation doit peser à la baisse sur le prix du pain et écarte l’hypothèse d’une crise alimentaire dans le pays.
Cette prise de parole intervient alors que les frappes russes ont nourri les craintes sur l’approvisionnement. Des entrepôts ont été détruits et des infrastructures utiles à la circulation de la nourriture et du carburant ont été touchées, dans un pays où ces deux chaînes logistiques sont traitées comme des priorités de guerre. Les blocages portuaires imposés par Moscou ont en parallèle bloqué les débouchés extérieurs de l’agriculture ukrainienne, au point de laisser des millions de tonnes de céréales immobilisées dans les silos.
Le paradoxe est d'une brutalité orrwellienne et edt difficilement entendable par les Ukrainiens restés au pays. Ce qui ruine les revenus agricoles, désorganise les transports et fragilise l’économie intérieure est présenté par le pouvoir comme une forme d’amortisseur pour les ménages. Des analyses publiées dès le printemps 2022 relevaient déjà que le problème immédiat de l’Ukraine tenait moins à l’absence physique de grain qu’à sa transformation, à son transport et à l’effondrement des circuits d’exportation. Autrement dit, l’abondance relative des stocks ne règle ni les destructions, ni les goulets logistiques, ni la pression de guerre sur les prix réels payés par la population. Le risque est même un pourrissement d'une partie des récoltes faute de capacités de transport et de réduction des capacités de stockage.
Concrètement, si l'on prend l'exemple d'ûe grande ville comme Kiev, comment demain le blé / farine y sera transporté pour être consommé alors que même les stations d'essence sont méthodiquement détruites et que les entrepôts sont ravagés ?
Ce choix de communication traduit une ligne désormais familière à Kyiv, celle de convertir une défaite matérielle en argument de stabilisation intérieure. La logique est politiquement lisible, mais elle dit aussi l’impasse d’une économie de guerre sommée de faire passer des ruptures d’infrastructure pour des bonnes nouvelles sociales. Quand un pays producteur garde son grain faute de pouvoir l’écouler, il ne gagne pas en souveraineté populaire, il encaisse d’abord le coût d’une guerre qui détruit ses outils, ses revenus et ses marges de manœuvre.
C'est ça le volet économique d'une guerre d'attrition et Kiev la perd largement.
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