La BRI alerte sur les risques financiers de la course mondiale aux investissements dans l’IA

La Banque des règlements internationaux estime que la vague d’investissements dans l’intelligence artificielle change de nature. Porté par la dette, le crédit privé et des montages opaques, ce boom pourrait peser sur la stabilité financière en cas de rendements décevants.

La BRI alerte sur les risques financiers de la course mondiale aux investissements dans l’IA
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La Banque des règlements internationaux (BRI) estime que l’essor de l’intelligence artificielle est devenu un enjeu de stabilité macroéconomique et financière, au-delà de la seule innovation technologique. Dans son rapport économique annuel 2026, l’institution juge que la dynamique d’investissement dans l’IA soutient encore l’activité, mais qu’elle soulève désormais la question de sa soutenabilité si les revenus attendus tardent à se matérialiser.

La BRI indique que les cinq plus grands hyperscalers devraient consacrer plus de 1.000 milliards de dollars aux dépenses d’investissement liées à l’IA entre 2025 et 2026. Elle souligne que ces engagements progressent plus vite que les bénéfices et les flux de trésorerie disponibles de ces groupes, ce qui conduit certains d’entre eux à recourir davantage à la dette. L’institution y voit un premier point de fragilité, dans un secteur où la compétition repose sur l’idée qu’un nombre limité d’acteurs pourrait capter l’essentiel du marché.

Selon la BRI, les investissements mondiaux liés à l’IA, évalués autour de 500 milliards de dollars aujourd’hui, pourraient atteindre 3.000 à 4.000 milliards de dollars à l’horizon 2030. Cette montée en puissance ne concerne pas seulement les puces, les centres de données et le cloud. Elle redessine aussi les chaînes de financement, avec une part croissante de capitaux extérieurs aux entreprises elles-mêmes, notamment via les marchés obligataires, le financement structuré et le crédit privé.

L’institution met en avant le rôle grandissant des acteurs non bancaires dans ce mouvement. Elle note que les fonds de crédit privé ont fortement accru leur exposition aux secteurs de l’IA et des technologies de l’information ces dernières années. Dans ce schéma, un ralentissement brutal des dépenses d’infrastructure ou un coup d’arrêt chez les grands donneurs d’ordre pourrait fragiliser une chaîne entière d’emprunteurs, des laboratoires d’IA aux constructeurs et opérateurs de centres de données, avec un risque de tension plus large sur le crédit.

La BRI pointe aussi l’opacité de certains montages. Elle décrit des circuits de financement circulaires dans lesquels des fabricants de puces ou des groupes de cloud prennent des participations dans des laboratoires d’IA ou des fournisseurs spécialisés, lesquels s’engagent ensuite sur des achats pluriannuels de puces ou de puissance de calcul. Elle relève également le recours croissant à des tiers pour construire des centres de données ensuite reloués aux hyperscalers dans le cadre de contrats de longue durée. Pour la banque, ces liens croisés compliquent l’évaluation des risques et peuvent accroître les effets de contagion en cas de retournement.

L’analyse de la BRI s’inscrit dans une comparaison avec d’autres cycles technologiques. L’institution rappelle qu’une innovation réelle peut s’accompagner d’un apport de capitaux excessif, comme lors d’épisodes passés allant des chemins de fer à la bulle internet. Elle ne conteste pas le potentiel de gains de productivité de l’IA, qu’elle juge déjà visible dans certains secteurs, mais avertit qu’une réévaluation brutale des valorisations pourrait peser à la fois sur les marchés actions, le crédit d’entreprise et l’investissement agrégé.

Le risque, selon la BRI, n’est donc pas seulement celui d’une correction sectorielle à Wall Street. Une contraction de l’appétit pour le risque, déclenchée par une hausse des taux ou par une déception sur les retombées économiques de l’IA, pourrait resserrer les conditions de financement bien au-delà de la technologie. La banque souligne en outre que les liens entre crédit privé, assureurs et banques demeurent encore imparfaitement lisibles, ce qui renforce la vigilance des autorités monétaires face à un boom d’investissement désormais traité comme une question de stabilité financière.

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