« Derrière le nuage si lourd de notre sang et de nos larmes, voici que reparaît le soleil de notre grandeur ! » – de Gaulle.
Chaque année, le 6 juin revient avec son cortège d’images désormais familières. Les barges de débarquement s’ouvrant sous le feu allemand, les falaises normandes, les croix blanches alignées face à la mer.
Chaque année, le récit semble se simplifier davantage. Le Débarquement devient peu à peu une histoire presque exclusivement américaine, comme si la libération de la France n'avait été que l'œuvre des armées venues d'outre-Atlantique. Il ne s'agit pas de nier l'immense sacrifice des centaines de milliers de soldats américains, britanniques, canadiens et alliés qui ont traversé l'océan pour combattre le nazisme. Des milliers d'entre eux sont morts sur notre sol. Leur courage mérite le respect et leur mémoire mérite l'hommage.
Mais l'histoire n'est pas un exercice de gratitude. Elle est une recherche de vérité. Et la vérité est toujours plus complexe que les commémorations officielles. Car le 6 juin 1944 ne fut pas seulement le début de la libération de la France. Ce fut aussi le moment où la souveraineté de notre pays a été conquise de haute lutte politique.
C'est précisément pour cette raison que le général de Gaulle refusa de participer aux cérémonies du vingtième anniversaire du Débarquement en 1964. Cette absence fit scandale. On lui reprocha son ingratitude. On l'accusa de minimiser le sacrifice allié. En réalité, sa décision traduisait une cohérence politique remarquable. Pour lui, commémorer le Débarquement sans rappeler les arrière-pensées politiques des Alliés et sans souligner le rôle des Français dans leur propre libération revenait à accepter une falsification progressive de l'histoire.
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