L’unité nationale ne se décrète pas

Face aux fractures qui s’approfondissent et affaiblissent la France, l’appel des Jours Heureux résonne encore : unir nos forces autour des aspirations communes pour retrouver l’élan moral, social et national qui fit jadis notre grandeur.

L’unité nationale ne se décrète pas
© Interfoto/la collection
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« Le but avoué de la propagande est de persuader et non pas de communiquer de la lumière. » - Simone Weil, Note sur la suppression générale des partis politiques, 1943.
« La solidarité, ciment d’une société, se construit et se préserve, et cela d’autant plus qu’une société devient plus complexe. » - Robert Castel, Les Métamorphoses de la question sociale, 1999.


Le décorum ne fait pas le grand discours. Celui prononcé par Emmanuel Macron, depuis la base militaire de Varces, haut lieu de la Résistance, en est la parfaite illustration : parterre groupé, rangs serrés, assistance figée dans un silence compassé, recevant la parole du chef des armées comme on écoute un ordre de mobilisation générale. Les treillis côtoient les chasubles civiles, les jeunes se mêlent aux anciens, les écharpes tricolores s’alignent sur les plastrons décorés. Et, après 19 minutes et 8 secondes exactement, la mise en scène s’accomplit avec une Marseillaise parfaitement calée, scandée comme une marche au pas tout sauf improvisée : un vrai-faux meeting de campagne militaire. Le spectacle du 27 novembre verse dans le pathétique bien plus que dans l’héroïque. Entendons-nous bien : ce n’est pas l’ambition affichée qui est condamnable en soi. Qui pourrait s’élever contre l’idée d’une jeunesse engagée, d’une nation unie ? Le problème vient de l’écart béant entre ces mots et la politique qu’Emmanuel Macron conduit depuis huit ans.

« Notre nation sera forte si notre jeunesse est unie autour de nos valeurs », proclame le Président. Fort bien. Mais de quelles valeurs parle-t-il ? Et par quels moyens entend-il réaliser cette unité invoquée ? Un discours ne fabrique pas ce que la politique contredit chaque jour. La cohésion nationale se construit, patiemment et obstinément, par des politiques de justice et de solidarité qui tissent un lien social fraternel. Vouloir l’imposer par l’uniforme ou par la désignation d’une menace extérieure revient à en subvertir le sens.

Naissance de la fraternité politique
L’unité nationale, telle que la République française l’a conçue, plonge ses racines dans la Révolution de 1789. Lorsque les députés du Tiers État se proclament Assemblée nationale le 17 juin 1789, ils posent un acte fondateur : la nation n’est plus un agrégat de sujets soumis à un monarque, mais une communauté de citoyens libres et égaux en droits. La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août en consacrera le principe.

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