Consommation de viande: la mondialisation des standards occidentaux aggrave l’impasse écologique

La consommation de viande a fortement augmenté en six décennies, portée par la hausse des revenus et l’urbanisation, notamment en Chine. Cette trajectoire, calquée sur le modèle de surconsommation des pays riches, alourdit la pression sur des ressources déjà surexploitées.

Consommation de viande: la mondialisation des standards occidentaux aggrave l’impasse écologique
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La consommation mondiale de viande a nettement progressé depuis les années 1960, sous l’effet de la croissance des revenus, de l’urbanisation et de la diffusion des régimes alimentaires riches en produits animaux. Des travaux relayés par la FAO montrent une hausse continue de l’apport en protéines animales et de la consommation de viande à l’échelle mondiale sur les dernières décennies. On consomme 6 fois plus de viande qu'en 1960 selon l'ONU. En Chine, cette dynamique a pris une ampleur particulière: la disponibilité de viande par habitant atteignait 70 kilos par an en 2022, contre un niveau très bas au début des années 1960, selon Our World in Data à partir des bilans alimentaires de la FAO.

Les séries de la FAO montrent qu’en Chine la consommation de viande par habitant partait d’environ 4 à 5 kilos au début des années 1960. Elle a ensuite accéléré avec les réformes économiques, l’essor urbain et la hausse du pouvoir d’achat, pour dépasser 20 kilos à la fin des années 1980 puis poursuivre sa progression. Le lien entre enrichissement et consommation carnée est documenté de longue date par la FAO et l’OCDE: quand les revenus montent, la demande se déplace vers la viande, les produits laitiers et les œufs.

Cette trajectoire met en cause le récit d’une mondialisation heureuse fondée sur l’alignement des niveaux de consommation sur ceux des pays riches. Ce choix traduit une fuite en avant matérielle: l’élevage mobilise des surfaces agricoles, des céréales fourragères, de l’eau et de l’énergie à grande échelle. La FAO souligne depuis longtemps que la hausse de la demande de produits animaux entre en concurrence avec d’autres usages des terres et des cultures, dans un monde où les ressources restent finies.

Le même constat apparaît dans les indicateurs d’empreinte écologique. D’après Global Footprint Network, l’humanité utilise actuellement l’équivalent de 1,8 Terre, et il faudrait environ 5,1 Terres si toute la population mondiale vivait comme les habitants des États-Unis. Le fond du problème reste entier: l’universalisation des standards matériels des classes moyennes supérieures des pays développés est incompatible avec les capacités de régénération de la planète. Comme il n'y a pas cinq planètes, cela implique la guerre de tous contre tous pour l'accaparement des ressources... comme cela a déjà, de facto, commencé.

Derrière la question alimentaire se profile donc un choix politique. Poursuivre la montée sans fin des consommations revient à organiser la rareté, la dépendance et la mise en concurrence pour les terres, l’eau, l’énergie et les importations agricoles. Il est permis de s’interroger sur une mondialisation qui a vendu l’imitation du mode de vie occidental comme horizon universel, alors même que ses bases matérielles ne sont pas généralisables.

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