La définition du « Fabriqué en Europe » cristallise une opposition politique nette au sein de l’Union européenne. D’un côté, la France pousse une préférence européenne stricte. De l’autre, l’Allemagne défend une ligne plus ouverte aux partenaires commerciaux. L’Espagne tente de desserrer l’étau avec une formule intermédiaire. Derrière ce débat, c’est la politique industrielle de l’Union qui se joue, entre protection ciblée des capacités productives et maintien d’échanges ouverts, alors que Bruxelles cherche à répondre à la concurrence chinoise dans l’automobile et les technologies vertes.
Le point de fixation est l’Industrial Accelerator Act, présenté par la Commission européenne le 4 mars 2026. Ce projet de règlement vise à accélérer les capacités industrielles et la décarbonation dans des secteurs stratégiques. Il introduit des exigences ciblées de type « Made in EU » ou d’origine de l’Union dans les marchés publics et certains dispositifs de soutien, dans le but affiché de renforcer la base manufacturière européenne, de créer de la demande pour des produits et technologies fabriqués dans l’UE et de soutenir la compétitivité industrielle face aux dépendances extérieures. Ce choix traduit un constat tardif face au réel : le libre-échange sans garde-fous a laissé l’industrie européenne exposée, et même la plus exposée au monde.
Paris défend une lecture stricte du dispositif. Pour la France, le périmètre du « Made in Europe » doit être limité aux 27 États membres de l’Union. Le ministre français de l’Industrie soutient que chaque euro de subvention ou de commande publique doit bénéficier directement aux usines européennes, afin de protéger l’emploi local et de réindustrialiser le continent face à la stratégie agressive de Pékin. La logique est claire : l’argent public doit consolider l’appareil productif situé dans l’Union, non alimenter des chaînes de valeur trop dispersées pour garantir la souveraineté industrielle.
Berlin avance la thèse inverse, résumée par l’idée d’un « Made with Europe ». L’Allemagne craint qu’une définition trop fermée ne déstabilise les chaînes d’approvisionnement mondiales et n’entraîne des mesures de rétorsion contre ses exportations. Elle plaide pour une liste ouverte englobant des partenaires commerciaux stratégiques de l’UE, comme des membres de l’Espace économique européen tels que la Norvège, mais aussi le Canada, le Royaume-Uni ou la Corée du Sud. Ce positionnement prolonge une conception plus commerciale qu’industrielle de la souveraineté, où l’intégration des échanges prime sur la relocalisation des capacités.
L’Espagne propose un compromis par « cercles de valeur ». Le label serait accordé selon un pourcentage précis de valeur ajoutée. Un premier cercle couvrirait l’UE, un deuxième les partenaires proches partageant les mêmes valeurs démocratiques, et un troisième intégrerait des composants critiques venant de pays tiers lorsque les capacités de fabrication européennes sont insuffisantes.
L’Irlande, qui assure la présidence tournante du Conseil de l’UE depuis le 1er juillet 2026, s’est fixé pour objectif de rapprocher les Vingt-Sept afin de stabiliser l’avenir de l’industrie automobile et énergétique européenne.
Evidemment, tout indique, compte tenu de la prééminence absolue de l'Allemagne dansbles instances de l'UE, que c'est la positon Allemande qui l'emportera. La situation difficile de l'Allemagne en raison de la guerre en Ukraine et de l'abandon du gaz russe bon marché a des conséquences lourdes - désindustrialisation et récession- dont Berlin veut se sortit. Dès lors, Berlin récusant le concept de « couple franco-allemand » fera tout pour imposer ses vues et sa classe dirigeante est bien plus déterminée que celle de France à défendre ses intérêts.
Par ailleurs, l'Irlande profite fiscalement de l'organisation de l'UE (dumping fiscal) et ne risquera donc pas son avantage face à une Allemagne dominante au sein de l'UE.
Sources :
- « Commission proposes Industrial Accelerator Act to strengthen industry and create jobs in Europe » — ec.europa.eu
- « EUR-Lex - 52026PC0100 - EN - EUR-Lex » — eur-lex.europa.eu
- « Competitiveness Council (Internal market and Industry), 28 May 2026 » — consilium.europa.eu
- « Programme of the Irish Presidency of the Council of the European Union » — consilium.europa.eu