Jospin et les 35 heures : le temps gagné, le travail perdu

La mort de Lionel Jospin invite à interroger son héritage. Symbole de son passage au pouvoir, les 35 heures apparaissent comme un progrès social. Mais derrière la réduction affichée du temps de travail, la réforme a surtout transformé son organisation, sans en modifier les rapports de pouvoir.

Jospin et les 35 heures : le temps gagné, le travail perdu
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« Le temps libéré n’a de sens que s’il est libéré de la domination du travail. »
André GorzMétamorphoses du travail, 1988

La mort de Lionel Jospin, survenue le 22 mars 2026 referme certainement un chapitre de l'histoire de la gauche française. 

Né le 12 juillet 1937 à Meudon, formé à Sciences Po puis à l'ENA, Jospin avait mené une carrière dans la diplomatie avant d'entrer au Parti socialiste, dont il fut premier secrétaire de 1981 à 1988, puis de 1995 à 1997. Candidat à la présidentielle de 1995, il perdit face à Jacques Chirac, avant de revenir au premier plan lors des législatives de 1997. Réussissant là où beaucoup avaient échoué, il était parvenu à rassembler la gauche des communistes à Dominique Strauss-Kahn au sein de la «gauche plurielle», sous hégémonie socialiste.

Ce rassemblement, porté par une conjoncture économique favorable, allait donner naissance à l'un des gouvernements les plus réformateurs de la Ve République. Jospin mit en place, entre autres mesures, la réduction du temps de travail à 35 heures hebdomadaires, la couverture maladie universelle et le Pacs. Mais le « séisme « du 21 avril 2002 qui vit son élimination au premier tour de la présidentielle, derrière Jean-Marie Le Pen, emporta avec lui son bilan, livré sans procès à ses adversaires. Jospin se retira alors définitivement de la vie politique, laissant derrière lui un héritage encombrant, dont les 35 heures sont restées le symbole le plus disputé.

Sa mort invite à y revenir. Non pas pour faire le procès d'un homme, mais pour poser une question plus exigeante que l'hommage : qu'est-ce qu'être socialiste ?

Être socialiste, ce n'est pas seulement vouloir moins de chômage ni mieux répartir les richesses. C'est, au fondement, prendre au sérieux la question du travail ; qui ne saurait être réduite à une variable statistique, à un agrégat d'emplois à créer ou à préserver, mais doit être appréciée comme expérience concrète, quotidienne et vécue. Comme lieu de pouvoir, de contrainte, de sens ou de souffrance. Comme espace où se jouent la dignité et l'autonomie de ceux qui y consacrent l'essentiel de leur existence. Mieux encore, comme rapport à la collectivité, comme activité politique au sens plein. 

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