« Je dirai, donc, que je ne suis pas – et que je n’ai jamais été – pour l’instauration sur quelque mode que ce soit d’une égalité sociale et politique des races blanche et noire. Je ne suis pas non plus – et n’ai jamais été – pour que l’on accorde aux Noirs le droit de vote ou celui d’être juré ; pas plus que pour autoriser leur accession aux postes administratifs ou les mariages inter-raciaux. [...] Aussi, comme tout cela leur est interdit et qu’ils doivent rester entre eux, il en découle qu’il doit nécessairement y avoir des supérieurs et des inférieurs. En ce qui me concerne, comme tout le monde, je suis favorable à ce que les Blancs jouissent de ce statut de supériorité. »
Abraham Lincoln, « Fourth Joint Debate at Charleston, Illinois », 18 septembre 1858,
« Il n’est pas, dans l’histoire, de pays où le racisme ait occupé une place plus importante - et sur une aussi longue durée - qu’aux Etats-Unis. »
Howard Zinn, Une histoire populaire des États-Unis, 2002
Après un siècle d’exploitation et 12,5 millions de victimes, l’esclavage que la Constitution fédérale avait adoubé sans le dire fut officiellement aboli par le 13e Amendement en 1865. Le 14e Amendement de 1868 accorda ensuite la citoyenneté à toutes les personnes nées ou naturalisées aux États-Unis, renversant formellement la décision Dred Scottde (1857) qui avait déclaré que les Noirs ne pouvaient pas être citoyens américains. Enfin, le 15e Amendement, adopté en 1870, interdit de priver un citoyen du droit de vote en raison de sa « race » ou de sa couleur.
La reconstruction
Cette révolution abolitionniste a ouvert la période dite de la Reconstruction, qui s’étend approximativement de 1865 à 1877 et constitue l’un des épisodes les plus marquants et pourtant les plus méconnus de l’histoire démocratique mondiale. En moins d’une décennie, dans les États du Sud qui venaient de perdre la guerre civile, des centaines de milliers d’hommes qui avaient été esclaves s’inscrivirent sur les listes électorales, votèrent, se présentèrent aux élections et en remportèrent un nombre considérable. On assista à une transformation politique d’une rapidité et d’une profondeur sans précédent où des hommes qui n’avaient légalement aucune existence juridique propre quelques années plus tôt siégeaient désormais dans des assemblées législatives, administraient des comtés et pouvaient rendre la justice.

En Caroline du Sud par exemple, État qui comptait une majorité noire dans sa population, la législature d’État élue en 1868 comptait 87 représentants noirs sur 184. Ces représentants firent voter, en quelques années, les premières lois instituant un système d’instruction publique gratuite pour tous les enfants de l’État, blanc ou noir, dans un État qui n’en avait jamais connu. Ils abolirent la peine de mort pour de nombreux délits, réformèrent le droit des femmes à la propriété et instituèrent des tribunaux accessibles aux sans-terre.
Les historiens estiment qu’au total, entre 1 500 et 2 000 hommes noirs ont occupé des fonctions électives pendant la période de la Reconstruction, à tous les niveaux de gouvernement ; un chiffre que l’historien Eric Foner considère comme une estimation basse, des centaines de cas demeurant non identifiés par les archives (Reconstruction : America’s Unfinished Revolution, 1863-1877, 1988).
« La Reconstruction est la première fois que nous avons véritablement eu une démocratie dans ce pays – pour les hommes, mais sans que la race soit une barrière à la participation à la vie politique américaine. »
Eric Foner, entretien pour Democracy Now!, 11 mars 2015
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