Les oreilles des dirigeants japonais n’ont pas dû cesser de siffler ces derniers temps, tant est grande la réprobation que leurs actions suscitent chez les voisins immédiats de l‘archipel. La « remilitarisation » du Japon indigne aussi bien la Chine que la Russie ou la Corée du Nord. Et il est vrai que son budget militaire est désormais l’un des plus importants du monde, que son armée dispose des équipements les plus pointus et de capacités de frappes à longue portée, que son industrie de défense est florissante et encore stimulée par la levée des restrictions à l’exportation. De quoi impressionner, ou inquiéter. Mais, au delà de l’inquiétude, dans la remilitarisation c’est essentiellement le re-quiprovoque la levée de boucliers. Car officiellement, depuis 1945, le Japon a - constitutionnellement - renoncé à jamais à la guerre et n’a donc plus d’armée, seulement des « Forces d’autodéfense ».
En considérant l’article 9 comme nul et non avenu et en se remilitarisant, en violation de sa propre constitution, il rejette cet engagement et ce qui l’a provoqué. Il nie le passé. C’est du moins ce qu’affirment Chinois, Russes et Nord-Coréens, en insistant sur cette dimension négationniste, sur l’amnésie et la réécriture de l’histoire du Japon, sur les crimes de guerre dont celle-ci est faite. La Chine condamne par ailleurs un rituel politique où elle voit la confirmation ostensible de cette révision nationaliste, à savoir les visites officielles des hauts dirigeants japonais à Yusakuni, un sanctuaire où sont honorés tous les morts pour l’empereur, et notamment les plus notables criminels de guerre. La Corée du Sud, qui reste officiellement muette sur la remilitarisation, condamne elle aussi très régulièrement et très solennellement ces visites à Yusakuni. Le rapport singulier du Japon à ses voisins, où le passé s’imbrique systématiquement avec le présent et où les relations d’aujourd’hui sont obérées par les outrages d’hier, tend à constituer le cas japonais comme un cas d’espèce. La question japonaise est un élément structurant - peut-être le principal élément structurant - de la géopolitique de l’Asie du Nord-Est et, au delà, de l’ensemble Asie-Pacifique.
Le parcours meurtrier du Japon impérial
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