« Mais tout espoir n’est pas mort ; ce mois-ci ont eu lieu en France les élections législatives et par un vrai signe du destin une grande majorité a été obtenue par les partis socialistes et communistes qui s’intéressent beaucoup à nous ouvriers […] et on a vu le triomphe du Front populaire qui va changer la situation en faveur des travailleurs de toute nationalité. »
Giuseppe Ricci, 1936, cité par Michelle Zancarini-Fournel, Les luttes et les rêves, 2016
Au soir du 3 mai 1936, dans les permanences communistes de Saint-Denis et de la banlieue rouge comme dans les sections SFIO de Marseille ou de Toulouse, dans les corons du Pas-de-Calais et les cités minières du bassin lensois, dans les bourses du travail des grandes villes industrielles, dans les Maisons du Peuple où les militants attendaient les résultats à la radio, dans les villages viticoles du Languedoc et les bourgs radicaux du Sud-Ouest, des hommes et des femmes s’embrassent, chantent, pleurent.
Les autorités, prudentes, avaient fait savoir qu’aucun grand rassemblement de victoire ne serait toléré à Paris dans les jours suivants (la célébration officielle fut renvoyée au 14 juillet). La fête se vécut donc d’abord dans les permanences, les arrière-salles syndicales, en famille ou entre camarades, et autour des unes des journaux du lendemain. L’Humanité titra « Victoire ! », et la célébra sur cinq colonnes. Le Populaire proclama : « Après le triomphe électoral, LE POUVOIR » dans une édition spéciale ; et se réjouit dans sa seconde édition que « la réaction et le fascisme [fussent] écrasés ». À droite, par contre, la défaite se digérait mal. L’Action française dénonça une « assemblée révolutionnaire ». Le Temps et Paris-Soir, organes des milieux d’affaires, se contentèrent quant à eux d’annoncer froidement les résultats.
Pour des millions de Français qui n’avaient jamais cru qu’un gouvernement pourrait leur ressembler, la victoire du Front populaire était un basculement quasi miraculeux. Pendant quelques jours, les classes laborieuses goûtèrent à ce que Simone Weil décrivit un mois plus tard à propos des grèves ; la joie de se redresser, de prendre la parole, de se sentir des citoyens à part entière.
« Une joie pure. Une joie sans mélange. »
Léon Blum, Le Populaire, 5 mai 1936
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