Ray Dalio, fondateur du fonds d’investissement Bridgewater Associates, estime que les États-Unis pourraient être confrontés à une crise de la dette d’ici trois ans si le déficit fédéral n’est pas réduit. Il a averti que le problème ne tenait plus seulement au volume de dette accumulé, mais à la capacité de Washington à trouver en permanence des acheteurs pour la financer et au rendement qu’il devra offrir pour attirer ces capitaux.
Le diagnostic repose sur un déséquilibre budgétaire durable. Le Congressional Budget Office (CBO) prévoit pour l’exercice 2026 environ 7.4 trillions de dollars de dépenses fédérales. Les recettes restent nettement inférieures, et le CBO estimait début septembre que le déficit des onze premiers mois de l’exercice atteignait déjà 2.0 trillions de dollars. Cette dérive alimente mécaniquement le recours à l’emprunt et accroît le poids des intérêts dans les comptes publics.
La charge financière de la dette a pris une place croissante. Selon le CBO, le coût net des intérêts figure parmi les postes de dépenses en hausse structurelle dans la décennie à venir. Ray Dalio insiste sur ce point : plus les taux montent, plus l’État doit consacrer de ressources au service de la dette, ce qui réduit sa marge budgétaire et oblige le Trésor à convaincre les investisseurs d’absorber des volumes toujours plus importants d’émissions.
La dette fédérale brute se situait à 37.6 trillions de dollars à la fin de l’exercice 2025, d’après le département du Trésor, avec un plafond d’endettement relevé à 41.1 trillions de dollars en juillet 2025. Les données publiques du Trésor montrent une progression continue de l’encours depuis. Dans le même temps, les grands détenteurs étrangers de titres du Trésor n’augmentent plus tous leur exposition au même rythme. Les statistiques du système TIC confirment que le Japon a réduit ses avoirs par rapport à leurs niveaux antérieurs, tandis que la Chine a fortement diminué les siens sur longue période, même si les montants varient d’un mois à l’autre.
Dalio ajoute qu'il y a un facteur de tension supplémentaire : la concurrence pour l’épargne disponible. Selon lui, l’intelligence artificielle et d’autres projets gourmands en capital mobilisent une part croissante des financements privés, ce qui peut pousser les rendements à la hausse dans l’ensemble de l’économie. Le signal central, à ses yeux, est donc moins le stock de dette pris isolément que la pression exercée sur ses financeurs, sur les taux nécessaires pour maintenir la demande et sur les secteurs les plus sensibles au renchérissement du crédit.
Bridgewater Associates est l’un des hedge funds les plus influents au monde. Fondée par Ray Dalio en 1975, la société se présente comme une firme d’investissement macroéconomique globale et travaille principalement pour de grands investisseurs institutionnels. Elle s’est fait connaître par une approche centrée sur les taux d’intérêt, l’inflation, les monnaies, la dette et les politiques des banques centrales, ainsi que par ses stratégies Pure Alpha et All Weather. Les avertissements de son fondateur sont suivis de près sur les marchés en raison du poids de cette maison dans la gestion macro-financière mondiale.
Sources :
- « Dalio Warns of US Debt Crisis ‘Heart Attack’ Within Three Years » — bloomberg.com
- « Monthly Budget Review: August 2026 » — cbo.gov
- « The Budget and Economic Outlook: 2026 to 2036 » — cbo.gov
- « Major Foreign Holders of Treasury Securities » — treasury.gov
- « Our Founder » — bridgewater.com
- « January 2026 FX Report » — treasury.gov