Le gouverneur de la Banque de France, Emmanuel Moulin, avertit que la France risque d’être « progressivement étranglée » par la hausse des taux d’intérêt si elle ne redresse pas ses finances publiques. Il juge « graves et préoccupants » les mouvements récents sur le marché de la dette. Le message est politique autant que financier, dans le cadre de l'Europe - qui a tant nuit à l'industrie française - la protection d’un grand pays endetté ne peut pas reposer en permanence sur Francfort pendant que Paris diffère l’effort budgétaire. Demerden Sie sich comme dirait Helmut...
Le taux français à dix ans a bien frôlé les 5 % ces derniers jours. La Banque de France a publié un taux TEC 10 ans à 4,903 % le 1er octobre, avant un reflux à 4,724 % le 6 octobre. Dans le même temps, l’écart de rendement avec l’Allemagne s’est fortement tendu, à un niveau présenté comme inédit depuis 2011. Cette poussée renchérit le coût futur de la dette publique et alourdit, par ricochet, le financement de l’économie entière.
Selon les tout derniers chiffres de l’Insee, à la fin du 2ᵉ trimestre 2026, la dette publique française atteint 3 595,5 milliards d’euros, soit environ 3,6 billions d’euros. Elle représente 119,0 % du PIB
Emmanuel Moulin écarte pour l’heure l’idée d’une intervention de la Banque centrale européenne. « Le filet de sécurité se trouve plus près de chez nous », dit-il en renvoyant les autorités françaises à leurs responsabilités. La France n’est pas la Grèce de la crise de l’euro, mais elle teste la patience des marchés et met la zone euro devant une contradiction politique ancienne, à savoir que quand un Etat central de l’union monétaire laisse dériver ses comptes, la BCE se retrouve sommée de stabiliser sans donner le sentiment de monétiser une dette nationale.
Cet angle mort nourrit le dilemme européen. La BCE dispose toujours de son Instrument de protection de la transmission, créé en 2022 pour contrer des tensions de marché jugées désordonnées et menaçant la transmission de sa politique monétaire. Mais activer un tel outil pour contenir les taux français ouvrirait immédiatement un procès en financement indirect d’un Etat qui garde la main sur son budget. Plusieurs analystes estiment dès lors qu’un passage à l’acte de Francfort ne deviendrait vraisemblable qu’en cas de contagion à d’autres pays très endettés, notamment l’Italie.
Sources :
- « Indices obligataires - 2026-10-06 » — banque-france.fr
- « La France en pleine tempête à cause de la dette, les taux d’intérêt à un plus haut depuis 2002 » — lemonde.fr
- « The Transmission Protection Instrument » — ecb.europa.eu
- « Décisions de politique monétaire » — banque-france.fr
- « RTL : « L’annulation de la dette est illégale, dangereuse et inutile » » — banque-france.fr