« Une illusion de moins, c'est une vérité en plus. »- Alexandre Dumas.
Depuis plusieurs jours, Emmanuel Macron s’illustre par une série de déclarations publiques qui donnent l’impression d’un pouvoir évoluant dans une autre dimension. Le président multiplie les promesses intenables à l’Ukraine, alors que l’industrie française décline et que la guerre tourne à l’avantage de Moscou.
À l’en croire, la France serait entrée dans une nouvelle ère de prospérité industrielle et le chômage serait maîtrisé. Ces affirmations, répétées sans nuance, contrastent fortement avec la réalité observée dans les territoires. Le président, qui dispose pourtant de toutes les informations nécessaires, semble ignorer les analyses spécialisées, comme celle de L’Usine Nouvelle qui confirme que la désindustrialisation du pays se poursuit pour la deuxième année consécutive. Les fermetures d’usines demeurent nettement supérieures aux créations et la tendance n’est pas inversée. Le discours triomphant sur le plein emploi souffre des mêmes approximations. Le gouvernement s’appuie sur la seule catégorie A de Pôle emploi, excluant les catégories B, C et D, les temps partiels contraints, les précaires et l’ensemble du « halo » du chômage mesuré par l’INSEE, c’est-à-dire toutes celles et ceux qui ne sont plus comptabilisés alors qu’ils demeurent en situation de sous-emploi. Dans les foyers, les quartiers et les entreprises, chacun voit pourtant la montée des difficultés, entre salaires qui stagnent, accès au logement de plus en plus ardu, effondrement de la natalité et sentiment général d’appauvrissement.
C’est dans ce climat économique et social tendu que Volodymyr Zelensky a entrepris une nouvelle tournée européenne. Les images officielles la présentent comme un succès diplomatique, mais cette mise en scène contraste violemment avec la situation sur le terrain ukrainien. L’armée essuie des défaites significatives, plusieurs localités stratégiques sont tombées ou encerclées et la Russie, forte d’une montée en puissance industrielle et logistique évidente, mène désormais simultanément huit à neuf opérations offensives majeures. Une capacité d’action multiple qu’elle était loin de posséder un an et demi auparavant, signe d’un rapport de force profondément modifié. Sur le plan intérieur, Zelensky affronte une vague de scandales liés à la corruption de ses proches collaborateurs, largement relayés dans les médias ukrainiens mais quasiment invisibles dans le traitement médiatique occidental.
Après un passage en Grèce, où Kiev affirme acheter du gaz à un pays qui n’en produit quasiment pas mais se contente d’en redistribuer, le président ukrainien a été reçu à Paris par Emmanuel Macron. Ce dernier a alors annoncé, avec emphase, une future commande de cent avions Rafale et de huit systèmes de défense antiaérienne SAMP-T.
Il ne s’agit pourtant pas d’un contrat, mais d’une simple lettre d’intention, pratique courante dans le business, mais sans engagement financier réel - c'est le prélude d'une potentielle transaction à venir... ou qui ne se fera pas. La portée de l’annonce relève donc davantage du symbole politique que d’un accord commercial structuré.
Le Rafale, unanimement reconnu comme l’un des meilleurs avions de combat polyvalents au monde, reste un appareil produit en quantité limitée. En 2024, Dassault en sort vingt-et-une unités, dont quatorze pour la France et sept pour l’export. La montée en puissance industrielle permet aujourd’hui de fabriquer environ trois appareils par mois, et Dassault vise un rythme maximal de cinquante par an, mais pas davantage. Même à ce niveau, il faudrait plusieurs années pour produire les cent appareils évoqués, sans compter les importantes commandes déjà passées par l’Inde, le Qatar, la Grèce, la Croatie, l’Indonésie ou la Serbie, ainsi que les besoins de l’armée de l’air française. Le chef d’état-major de l’armée de l’air a d’ailleurs exprimé ses inquiétudes à demi-mot, rappelant que la France manque déjà d’appareils pour ses propres projections et que toute ponction supplémentaire serait très difficilement compensable.
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