« Ceci est l’histoire des efforts et des luttes de vos pères. Cherchez-y un surcroit de force et de clarté pour les luttes de demain. » - Jean Jaurès, Histoire socialiste (1789-1900), 1900
Savez-vous ce qu’est le bistanclaque ? C'est ce nom étrange, et presque musical, que les Lyonnais donnaient au métier à tisser dans le parler local, une onomatopée qui reproduisait les sons caractéristiques de la machine en action : « bis », quand les fils glissent les uns contre les autres lorsqu'on appuie sur la pédale pour soulever la chaîne ; « tan », le bruit de l'armure retombant ; « claque », la navette qui frappe les lisières. Et il faudrait ajouter « pan », dernier bruit récurrent, celui du battant qui vient tasser le fil de trame qu'on vient de passer. Mais du bis-tan-claque-pan on a retenu bistanclaque.
Toute la journée, dès l'aube et jusqu'à la nuit tombée, ce rythme régulier, obsédant, presque hypnotique, résonnait dans les immeubles de la Croix-Rousse, la colline qui domine Lyon au nord et qu'on appelait aussi « la colline qui travaille » (par opposition à Fourvière, « la colline qui prie »). Des milliers de métiers battaient en même temps, chacun avec son propre tempo, créant une rumeur continue, un bruit de fond permanent qui disait que Lyon travaillait, que Lyon tissait, que Lyon fabriquait la plus belle soie d'Europe. Ce sont les « maîtres ouvriers tisseurs de fil d’or d’argent et de soie », dont on a retenu le nom sous l’appellation de canuts, qui sont au travail. Selon certains auteurs, les canuts se virent affublés de ce sobriquet par la population bourgeoise en référence à la « canne », pièce du métier à bras, ou encore aux « canettes » de fils de soie qu’ils manipulaient. D’autres estiment qu’il s’agirait d’une expression datant de l’époque de la Révolution française, quand les ouvriers de la soie se retrouvèrent dans la misère et durent vendre les breloques en or et en argent de leurs cannes de compagnonnage. À leur passage, on aurait alors raillé : « voici les cannes nues ! » (la chanson dans le lien Aristide Bruant).
La Fabrique
La Fabrique lyonnaise, héritée du XVe siècle et nourrie par l’arrivée de tisserands italiens comme par le soutien de la monarchie (les commandes royales représentant près de 40 % des affaires), repose sur une division des rôles et des tâches précise : le négociant fournit la soie et la commande, le chef d’atelier possède ses métiers et, avec une équipe d’ouvriers tisserands, réalise l’étoffe.
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