Vivre en travaillant ou mourir en combattant

Lyon, 21, 22 et 23 novembre 1831, les canuts descendent de la Croix-Rousse drapeau noir en tête et signent la première grande date de l’histoire des luttes des travailleurs.

Vivre en travaillant ou mourir en combattant
 Révolte et massacre des Canuts © Musées Gadagne
0%
« Ceci est l’histoire des efforts et des luttes de vos pères. Cherchez-y un surcroit de force et de clarté pour les luttes de demain. » - Jean Jaurès, Histoire socialiste (1789-1900), 1900

Savez-vous ce qu’est le bistanclaque ? C'est ce nom étrange, et presque musical, que les Lyonnais donnaient au métier à tisser dans le parler local, une onomatopée qui reproduisait les sons caractéristiques de la machine en action : « bis », quand les fils glissent les uns contre les autres lorsqu'on appuie sur la pédale pour soulever la chaîne ; « tan », le bruit de l'armure retombant ; « claque », la navette qui frappe les lisières. Et il faudrait ajouter « pan », dernier bruit récurrent, celui du battant qui vient tasser le fil de trame qu'on vient de passer. Mais du bis-tan-claque-pan on a retenu bistanclaque.

Toute la journée, dès l'aube et jusqu'à la nuit tombée, ce rythme régulier, obsédant, presque hypnotique, résonnait dans les immeubles de la Croix-Rousse, la colline qui domine Lyon au nord et qu'on appelait aussi « la colline qui travaille » (par opposition à Fourvière, « la colline qui prie »). Des milliers de métiers battaient en même temps, chacun avec son propre tempo, créant une rumeur continue, un bruit de fond permanent qui disait que Lyon travaillait, que Lyon tissait, que Lyon fabriquait la plus belle soie d'Europe. Ce sont les « maîtres ouvriers tisseurs de fil d’or d’argent et de soie », dont on a retenu le nom sous l’appellation de canuts, qui sont au travail. Selon certains auteurs, les canuts se virent affublés de ce sobriquet par la population bourgeoise en référence à la « canne », pièce du métier à bras, ou encore aux « canettes » de fils de soie qu’ils manipulaient. D’autres estiment qu’il s’agirait d’une expression datant de l’époque de la Révolution française, quand les ouvriers de la soie se retrouvèrent dans la misère et durent vendre les breloques en or et en argent de leurs cannes de compagnonnage. À leur passage, on aurait alors raillé : « voici les cannes nues ! » (la chanson dans le lien Aristide Bruant).

La Fabrique
La Fabrique lyonnaise, héritée du XVe siècle et nourrie par l’arrivée de tisserands italiens comme par le soutien de la monarchie (les commandes royales représentant près de 40 % des affaires), repose sur une division des rôles et des tâches précise : le négociant fournit la soie et la commande, le chef d’atelier possède ses métiers et, avec une équipe d’ouvriers tisserands, réalise l’étoffe.

Read the full article

Sur Fréquence Populaire, il n’y a pas de mur payant (paywall) : tous nos articles sont accessibles gratuitement.

Nous vous demandons simplement de créer un compte gratuit avec votre adresse e-mail. Cela nous permet de :
– vous prévenir de nos nouvelles enquêtes, émissions et articles,
– éviter la publicité et tout pistage intrusif,
– mieux comprendre combien de personnes nous lisent réellement.

Contribuer financièrement est facultatif : vous pouvez lire l’article sans payer. Mais si vous le pouvez, votre soutien nous aide à faire vivre un média libre et indépendant.

Créer un compte gratuit
Vous avez déjà un compte ? Se connecter
Want to help fund this work? Discover ways to support us .

Qu'avez-vous pensé de cet article ?

🎧

Version audio

Écoutez cet article en audio pour plus d'accessibilité

Inscription réussie !

Connexion réussie, bon retour !

Merci ! Votre soutien à Fréquence Populaire a bien été enregistré.

Succès ! Vérifiez vos emails pour obtenir votre lien magique.

Vos informations de facturation ont bien été mises à jour.

La mise à jour de votre facturation a échoué.