Federico, comme tu es vivant !

Le 18 août 1936, les franquistes fusillaient Federico García Lorca et jetaient son corps dans une fosse anonyme. Ils voulaient faire taire un poète, un républicain, un homme libre. 90 ans plus tard, ses mots, par delà la mort, raisonnent encore. Federico est vivant et les fascistes sont des ombres.

Federico, comme tu es vivant !
« Para que sepas, Federico, lo vivo que estás. » (« Sache-le, Federico : comme tu es vivant ! ») – Eduardo Galeano, tiré de Esos aplausos, dans Bocas del tiempo.
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« Se taire et brûler de l'intérieur est la pire des punitions qu'on puisse s'infliger. » – Federico García Lorca, Noces de sang.
« En ces moments dramatiques que vit le monde, l'artiste doit pleurer et rire avec son peuple. Il faut laisser là le bouquet de lys et se plonger dans la boue jusqu'à la ceinture pour aider ceux qui cherchent les lys. »


Le 18 août 1936 (ou le 19), quelque part sur la route qui relie Víznar à Alfacar, dans les collines qui dominent Grenade, Federico García Lorca est conduit devant ses assassins. Il a trente-huit ans. Avec lui se trouvent trois autres condamnés, Dióscoro Galindo, instituteur républicain, Francisco Galadí et Joaquín Arcollas, deux militants anarchistes liés à la CNT. Ils sont fusillés sans procès, puis jetés dans une fosse commune anonyme. Quatre-vingt-dix ans plus tard, la dépouille de Lorca n’a toujours pas été retrouvée. Les recherches archéologiques successives n’ont pas permis d’identifier son lieu d’inhumation. La Junta de Andalucía (gouvernement autonome de l’Andalousie) retient aujourd’hui la madrugada (l'aube) du 18 août comme moment de son exécution.

Il reste donc quelque part sous cette terre andalouse. Mais l'absence de son corps est étonnement devenue une sorte de métaphore : on voulut faire disparaître un homme, et on fit naître un spectre qui n’a jamais cessé de hanter l’Espagne.


Tuer un poète
La guerre d’Espagne vient alors à peine de commencer. Les 17 et 18 juillet 1936, une partie de l’armée se soulève contre la IIe République espagnole, proclamée en 1931. Le coup d’État échoue à prendre immédiatement le contrôle du pays, l’Espagne se fracture et bascule dans une guerre civile qui durera près de trois ans, jusqu’à la victoire de Franco le 1er avril 1939.

D’un côté, la République et une constellation disparate de républicains et forces de gauche, socialistes, communistes, anarchistes, syndicalistes et démocrates ; de l’autre, les généraux insurgés, bientôt soutenus massivement par l’Allemagne hitlérienne et l’Italie fasciste. Derrière la guerre militaire se joue une guerre sociale : une Espagne rurale encore dominée par d’immenses propriétés, l’Église et les hiérarchies traditionnelles se heurte à une Espagne ouvrière et paysanne qui réclame terres, instruction, droits sociaux, émancipation et démocratie.

Grenade tombe très vite aux mains des insurgés ; la répression y est féroce. La route de Víznar à Alfacar devient l’un des lieux emblématiques des exécutions. Les autorités andalouses estiment que plus de 6 500 victimes pourraient avoir été enterrées dans les fosses communes de ce secteur.

Lorca est une cible parfaite pour les fascistes. C'est un intellectuel immensément célèbre, proche de la République et des milieux progressistes, attaché à la justice sociale, ami de socialistes, homosexuel dans une société profondément conservatrice, défenseur d’une culture destinée non aux salons mais au peuple. Il n’est pourtant ni dirigeant politique ni révolutionnaire professionnel. C’est précisément ce qui rend son assassinat si significatif... on ne lui reproche pas d’avoir commandé des hommes ou porté une arme, on lui reproche d'être poète, d'être homosexuel, d'être une voix alternative.

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