Après bientôt six mois d’un conflit qui devait démontrer la supériorité militaire américaine et briser la capacité de résistance iranienne, Washington change de registre. Donald Trump vient d’annoncer ce qu’il présente comme la « plus écrasante opération économique jamais menée contre un pays », menaçant de « conséquences économiques considérables » tout État, banque ou entreprise qui continuerait à fournir une « bouée de sauvetage » à Téhéran. Son secrétaire au Trésor, Scott Bessent, promet les sanctions « les plus dures de l’histoire » et affirme qu’elles conduiront à l’effondrement du régime iranien.
Une emphase verbale et médiatique qui masque mal une défaite stratégique majeure face à l'Iran et dont les conséquences sont incalculables.
Le vocabulaire est spectaculaire, comme souvent avec Donald Trump, mais en géopolitique, les proclamations comptent moins que les rapports de forces, ce que de l'Ukraine au Moyen-Orient ou face au BRICS l'Occident semble avoir complètement oublié. Pire l'agitation verbale nuit à la réalisation des objectifs, surtout quand ceux-là, en plus, sont mal définis. L’annonce américaine révèle surtout une contradiction, si, comme le répète Donald Trump – pour la enième fois, affaiblissant par la-même son propos –, les capacités militaires iraniennes ont été largement détruites et le pouvoir de Téhéran est au bord de l’effondrement, pourquoi faut-il désormais lancer une campagne économique d’une ampleur sans précédent pour obtenir ce que près de six mois d’opérations militaires n’ont pas permis d’obtenir ?
Cette inflexion ne signifie évidemment pas que l’Iran sort indemne de la confrontation. Son économie est profondément éprouvée, l’inflation pourrait approcher 70 %, le rial s’est effondré et une partie croissante de la population peine à satisfaire ses besoins élémentaires, mais une économie affaiblie n’est pas nécessairement synonyme d’un État stratégiquement vaincu. C’est précisément cette confusion entre vulnérabilité économique et capitulation politique qui constitue depuis des décennies l’une des faiblesses récurrentes de la politique américaine à l’égard de l’Iran et auquel s'ajoute une défaite militaire sans précédent, aux conséquences économiques et stratégiques autrement plus graves pour les pays européens et pour les Etats-Unis.
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