Le 22 mai 2026, un décret présidentiel a mis fin, en quelques lignes, à l'un des tandems politiques les plus scrutés d'Afrique de l'Ouest. Deux ans après leur victoire commune, Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko se font désormais face en rivaux institutionnels, dans un Sénégal fracturé entre un exécutif privé de majorité et un Parlement acquis à son ancien Premier ministre.
Un couple fondateur
Tout commence par une proximité rare en politique. Étudiants puis inspecteurs des impôts et domaines, Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye se croisent à l'École nationale d'administration avant de fonder ensemble, en 2014, le PASTEF, les Patriotes africains du Sénégal pour le travail, l'éthique et la fraternité. Sonko en devient le visage : opposant flamboyant à Macky Sall, il termine troisième de la présidentielle de 2019 puis s'impose comme l'idole d'une jeunesse lassée du « système ». Faye, lui, gravit discrètement les échelons du parti jusqu'à en devenir secrétaire général en 2022.
L'orage éclate en 2021, Sonko est visé par une plainte pour viol dans l'affaire dite « Sweet Beauty », condamné en juin 2023 pour « corruption de la jeunesse », et le PASTEF est dissous. Déclaré inéligible, il choisit alors son plus fidèle lieutenant pour porter les couleurs du parti à sa place. Incarcérés ensemble à Cap Manuel, les deux hommes sont libérés dans la foulée d'une mobilisation de rue qui contraint Sall à des concessions. Dix jours après sa sortie de prison, Faye remporte la présidentielle du 24 mars 2024 dès le premier tour, avec 54 % des voix, devenant à 44 ans le plus jeune chef d'État de l'histoire du pays, derrière un slogan devenu culte : « Diomaye moy Sonko, Sonko moy Diomaye ». Sonko est aussitôt nommé Premier ministre, aux législatives du 17 novembre 2024, le PASTEF rafle 130 sièges sur 165.
Pour beaucoup d'observateurs, cette architecture contenait dès l'origine sa propre contradiction, le détenteur de la légitimité électorale n'était pas celui qui concentrait le capital politique et l'aura militante. Comme le note la chercheuse Caroline Roussy, de l'Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS), le Sénégal a une longue histoire de tandems qui n'ont pas résisté à l'épreuve du pouvoir, Senghor et Mamadou Dia, dont la rupture se solda par un coup d'État manqué et plus d'une décennie de prison pour Dia ; Diouf et Niasse ; Wade et Idrissa Seck, incarcéré à son tour en 2005. Le duo Faye-Sonko n'échappe pas totalement à ce schéma, avec une singularité, l'homme investi du pouvoir institutionnel doit sa fonction à celui qui conserve le pouvoir populaire.
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