À Bezannes, dans la Marne, le programme ViliaSprint² marque une étape dans la construction industrialisée du logement social. Porté par le bailleur social Plurial Novilia, filiale d’Action Logement, l’immeuble regroupe 12 logements sociaux sur trois niveaux pour environ 800 m² habitables. Sa particularité tient au procédé retenu : la structure porteuse et l’ensemble des murs ont été imprimés en 3D béton directement sur le chantier, une première revendiquée en France pour un immeuble d’habitation collectif.
L’impression de la structure s’est achevée en 34 jours effectifs, contre 50 jours initialement prévus par le maître d’ouvrage. La livraison complète du bâtiment a ensuite été annoncée au printemps 2026. Plurial Novilia présente l’opération comme le premier immeuble de logements imprimé en 3D béton sur site en France, tandis que plusieurs publications professionnelles la décrivent aussi comme le plus grand immeuble résidentiel collectif de ce type en Europe.
Le projet a été conçu pour être comparé à une construction voisine réalisée de manière classique sur la même parcelle. Selon Plurial Novilia, le bâtiment imprimé en 3D a nécessité 12 mois pour être livré, contre 15 mois pour l’immeuble conventionnel. Le temps de construction des murs a été divisé par deux. Le gros œuvre aurait aussi généré moins de déchets, avec un taux ramené de 10 % à 5 %, et mobilisé moins d’opérateurs pour la phase d’impression, trois au lieu de six sur un chantier traditionnel.
L’intérêt de l’opération ne se limite pas au gain de temps. Le bailleur met en avant une baisse de la pénibilité, un chantier plus silencieux et une sécurisation accrue des tâches de gros œuvre. Dans un secteur qui peine à recruter, l’argument pèse. Ce choix traduit aussi une tentative de reprendre la main sur les coûts et les cadences du bâtiment en industrialisant une partie du chantier, au lieu de subir la désorganisation chronique d’une filière éclatée, dépendante de la sous-traitance et des tensions de main-d’œuvre.
Le modèle n’est pourtant pas encore à coût maîtrisé. Plurial Novilia chiffre le surcoût du programme pilote à environ 30 %, pour un investissement total de 4,5 millions d’euros, en l’expliquant notamment par les dépenses de recherche et développement. Le bailleur assure que ce supplément n’est pas répercuté sur les loyers. L’enjeu est désormais celui de la série : l’innovation n’allège vraiment la facture publique et sociale que si elle sort du démonstrateur pour entrer dans une production régulière, avec des procédés validés, des équipes formées et une chaîne industrielle stabilisée.
Le chantier s’inscrit dans une trajectoire plus large. Plurial Novilia avait déjà livré en 2022 cinq maisons dont les murs avaient été imprimés en 3D, mais en usine. Avec Bezannes, l’entreprise change d’échelle et déplace l’impression sur site. Le procédé a obtenu en 2024 une Appréciation technique d’expérimentation du Centre scientifique et technique du bâtiment, étape décisive pour sécuriser son déploiement. Le bailleur travaille déjà sur un programme de 40 à 50 logements en 3D béton à l’horizon 2027. Pour le logement social, soumis à la hausse des coûts de construction et au ralentissement de la production neuve, la promesse est claire : construire plus vite sans abandonner l’exigence publique. Encore faut-il que cette promesse quitte le terrain de la communication technologique pour devenir une capacité reproductible à grande échelle.
Sources :
- « ViliaSprint² : 12 logements collectifs à haute performance énergétique en impression 3D in situ » — plurial-novilia.fr
- « Plurial Novilia annonce la fin de la phase d’impression 3D de ViliaSprint² » — plurial-novilia.fr
- « Communiqué de presse » — plurial-novilia.fr
- « ViliaSprint² : Le premier immeuble collectif français en impression 3D in situ verra le jour en Champagne-Ardenne grâce à sa certification » — plurial-novilia.fr
- « Le premier immeuble de logements imprimé en 3D béton sur site est à Bezannes » — architectatwork.com
- « ViliaSprint2 fait très bonne impression » — acpresse.fr