Le gouvernement a décidé de ne pas rendre publics les résultats de la campagne de dépistage de stupéfiants engagée dans les ministères. D’après l’AFP, cette consigne vaut pour les ministres, les membres de cabinets et les hauts fonctionnaires visés par l’opération. L’exécutif affirme toutefois qu’en cas de résultat positif, il écarterait les personnes concernées.
La mécanique est connue depuis la circulaire adressée le 16 juin 2026 aux membres du gouvernement. Sébastien Lecornu leur a demandé d’organiser des dépistages « inopinés et obligatoires » sous forme de tests salivaires dans leurs cabinets, parmi les hauts fonctionnaires et chez les agents ayant accès à des informations sensibles ou disposant d’une habilitation, notamment dans la défense et la sécurité. Les ministres devaient aussi dresser, avant le 26 juin, la liste des postes susceptibles d’être soumis à des contrôles réguliers.
Le pouvoir invoque l’exemplarité, mais se réserve les résultats. Ce choix traduit une conception à géométrie variable de la responsabilité publique : contrôle pour les subordonnés, confidentialité pour le sommet. Il est permis de s’interroger sur la portée politique d’un dispositif présenté comme ferme, alors même que la publicité des conclusions est écartée d’emblée.
L’argument disciplinaire n’efface pas cette contradiction. La circulaire prévoit que les ministres apprécient les conséquences d’un test positif, y compris sur le terrain des sanctions, et orientent les personnes concernées vers des structures de soins. Public Sénat rappelle en outre qu’un test salivaire signale un usage de drogue sans identifier nécessairement le produit consommé, et peut rester positif plusieurs jours après les faits.
Emmanuel Macron avait lui-même posé en 2017 une exigence élevée de probité publique en déclarant devant le Parlement que « l’exigence doit être constante » au sein des institutions. Neuf ans plus tard, l’exécutif organise donc des contrôles au nom de cette exigence, tout en refusant de soumettre ses propres résultats au contrôle des citoyens. Pour un pouvoir qui a fait de la morale publique un marqueur politique, la transparence s’arrête manifestement aux portes du Conseil des ministres.
Sources :