« Ouvrez les yeux, Ô admirables Mortels ! »
Léonard de Vinci
Le 15 avril 1452, dans un hameau toscan nommé Anchiano, près du bourg de Vinci, naît un enfant illégitime. Sa mère, Caterina di Meo Lippi, est une jeune paysanne. Son père, ser Piero da Vinci, est notaire, de bonne famille, et n’épousera pas Caterina. L’enfant grandit d’abord chez ses grands-parents paternels, puis rejoint la maison de son père à Florence. Il s’appelle Leonardo di ser Piero da Vinci, dit Léonard de Vinci, et l’histoire retiendra son nom comme celui du génie le plus total que l’humanité ait jamais reconnu.
Ce jugement, formulé en des termes comparables par des esprits aussi différents que Giorgio Vasari, le premier grand historien de l’art de la Renaissance, au XVIe siècle, le père de la psychanalyse Sigmund Freud au XXe ou, plus récemment, Walter Isaacson, tient à une singularité que ses biographes peinent encore à expliquer. Car Léonard n’a pas seulement excellé dans plusieurs domaines à la fois, ce qui serait déjà remarquable, il a poussé chacun de ces domaines jusqu’à ses limites les plus avancées et, souvent, bien au-delà de son temps. Peintre, dessinateur, sculpteur, architecte, urbaniste, ingénieur militaire, hydraulicien, anatomiste, botaniste, géologue, musicien, philosophe et écrivain, il a laissé plus de 6000 feuillets de notes et de dessins dont certains, restés incompris jusqu’au XIXe siècle, esquissaient les principes du sous-marin, de l’hélicoptère, du char d’assaut ou encore de la machine volante.

Il entre vers l’âge de 14 ans dans l’atelier d’Andrea del Verrocchio, l’un des maîtres les plus réputés de Florence, où il côtoie Botticelli, le Pérugin et Ghirlandaio. Dès ses premières années d’apprentissage, il se distingue à tel point que son maître, selon une légende rapportée par Vasari, aurait renoncé à peindre après avoir découvert l’ange que son jeune élève avait ajouté au Baptême du Christ. En 1482, Léonard quitte Florence pour Milan, où il s’installe au service de Ludovic Sforza, dit le More. Il a trente ans. C’est là qu’il deviendra cet uomo universale qui, tout en menant ses recherches sur l’anatomie, l’hydraulique, l’optique et la mécanique, peindra La Dame à l’hermine, La Belle Ferronnière, et surtout La Cène, la fresque murale du couvent Santa Maria delle Grazie qui reste l’une des compositions les plus puissantes et les plus imitées de toute la peinture occidentale.

Pourtant, aussi prodigieux que soit l’ensemble de son œuvre scientifique et artistique, force est de constater que lorsque l’on pense à Léonard de Vinci, on pense avant tout à un tableau. Kenneth Clark, l’un des meilleurs historiens de l’art du XXe siècle, allait jusqu’à dire, dans un de ses articles, que La Joconde lui apparaissait comme « une déesse sous-marine». L’évocation est étrange, mais elle dit bien l’impression d’une présence qui échappe aux catégories habituelles, à la fois proche et infiniment lointaine, humaine et surnaturelle. La Joconde est l’œuvre dans laquelle Léonard a mis le plus de lui-même, celle qu’il a conservée jusqu’à sa mort, la retouchant sans cesse, comme s’il ne pouvait s’en séparer ni la considérer terminée. Un testament artistique et intellectuel.
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